Aller au contenu principal
Agent sécurite formation

Former ses agents à la lutte incendie et à l'évacuation d'un bâtiment

Revu le

Former ses agents à la lutte incendie et à l'évacuation d'un bâtiment

La formation incendie et évacuation est l'apprentissage, en salle puis en pratique, des gestes qui arrêtent un départ de feu et des consignes qui vident un bâtiment sans panique : alarme, extincteur, guide-file, serre-file, point de rassemblement. Le Code du travail en fait une obligation de l'employeur pour tout le personnel.

Pour qui
Tout salarié, avec un rôle renforcé pour les agents de sécurité, les équipiers de première intervention et les chargés d'évacuation.
Durée habituelle
Une demi-journée à une journée, dont une part de mise en situation sur feu réel ou bac à feu écologique.
Fréquence
Exercices et essais périodiques au moins tous les six mois là où une consigne incendie est obligatoire (article R4227-39 du Code du travail).

Qu'est-ce qu'une formation incendie et évacuation, concrètement ?

Une formation incendie et évacuation réunit deux apprentissages souvent séparés dans les catalogues : la lutte contre l'incendie au stade du départ de feu, et l'organisation de l'évacuation des occupants. Le premier volet vise à ce qu'un salarié reconnaisse le feu, donne l'alerte et attaque les flammes avec le bon moyen d'extinction tant que le risque reste maîtrisable. Le second vise à ce que chacun sache, dès le déclenchement de l'alarme incendie, quel chemin prendre, qui fermer derrière soi et où se rendre.

Pour un agent de sécurité, la formation va plus loin que pour un salarié de bureau. L'agent est souvent la première personne qui reçoit l'information (détecteur, appel, ronde) et la dernière à quitter les lieux. Il doit donc connaître le plan d'intervention du site, l'emplacement des organes de coupure, des robinets d'incendie armés et des colonnes sèches, et savoir accueillir les secours extérieurs. Dans un établissement recevant du public (ERP) ou un immeuble de grande hauteur, ce socle sert de point de départ au diplôme SSIAP d'agent de service incendie, qui reste la qualification exigée pour tenir un poste de sécurité incendie.

Que dit le Code du travail sur la formation incendie obligatoire ?

L'article R4227-28 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour que tout commencement d'incendie puisse être rapidement et efficacement combattu, dans l'intérêt du sauvetage des travailleurs. Les articles R4227-37 à R4227-41 précisent le cadre : une consigne de sécurité incendie est établie et affichée dans les établissements où sont occupés plus de cinquante salariés, ou dès qu'on y manipule des matières inflammables. Cette consigne désigne le personnel chargé de mettre en action les moyens de premier secours et d'organiser l'évacuation.

L'article R4227-39 ajoute que la consigne prévoit des essais et visites périodiques du matériel, ainsi que des exercices au cours desquels les travailleurs apprennent à reconnaître le signal sonore d'alarme générale, à se servir des moyens de premier secours et à exécuter les manœuvres nécessaires. Ces exercices ont lieu au moins tous les six mois, et leur date comme leurs observations figurent sur un registre tenu à la disposition de l'inspection.

La responsabilité de l'employeur est engagée en cas de manquement : un exercice jamais organisé, un registre vide ou un personnel qui ignore les procédures pèsent lourd après un sinistre. Dans les ERP, le règlement de sécurité contre l'incendie ajoute ses propres obligations sur l'instruction du personnel, détaillées dans la réglementation incendie des ERP selon le type et la catégorie de l'établissement.

Comment se déroule une session de formation ?

La plupart des sessions suivent la même progression, que le stage soit organisé en intra entreprise, dans vos locaux, ou en inter entreprise dans un centre de formation équipé d'une aire de feu.

La partie théorique

  • Le triangle du feu (combustible, comburant, énergie d'activation) et les modes de propagation du feu : conduction, convection, rayonnement, projection.
  • Les classes de feu A, B, C, D et F, et l'agent extincteur adapté à chacune : eau pulvérisée, mousse, poudre, CO2.
  • Le danger des fumées, première cause de décès dans un incendie, et les réflexes qui en découlent : se baisser, fermer les portes, ne jamais revenir en arrière.
  • La chaîne d'alerte interne et l'appel aux secours (18 ou 112), avec les informations à transmettre.

La mise en situation pratique

Chaque participant manipule un extincteur sur un feu réel ou sur un générateur de flammes au gaz. Le formateur fait répéter la séquence : dégoupiller, percuter si l'appareil l'exige, tester le jet, s'approcher à distance utile, viser la base des flammes et balayer. Savoir utiliser un extincteur ne s'apprend pas sur une vidéo : la puissance du jet, le bruit et la chaleur surprennent la première fois, et c'est précisément ce que la pratique encadrée désamorce. La session se termine souvent par un exercice d'évacuation dans les locaux, avec fumée froide, pour vérifier que les procédures tiennent en conditions réelles.

Les modalités pédagogiques et l'évaluation

Une bonne formation alterne théorie courte et animation active : vidéos de propagation, démonstration du formateur, puis manipulation par chaque stagiaire. Les bacs à feu écologiques au gaz ont largement remplacé les feux d'hydrocarbures, ce qui permet de réaliser la pratique sur un parking ou dans une cour sans dispositif lourd ni risque pour la santé des participants. Le formateur adapte le matériel au site (extincteurs à eau, à CO2 près des armoires électriques, couvertures anti-feu en cuisine) et aux personnes en situation de handicap, qui doivent savoir comment réagir et vers quel espace se diriger. L'évaluation finale porte sur des gestes observés, pas sur un questionnaire : la formation sert à agir, pas à réciter.

Guide-file, serre-file : qui fait quoi pendant l'évacuation ?

L'évacuation repose sur des rôles attribués à l'avance, nommés dans la consigne et connus de tous. Les intitulés varient d'un site à l'autre, mais la répartition reste la même.

  • Le guide-file ouvre la marche : il conduit le groupe de sa zone vers l'issue de secours la plus proche, en évitant celle que le feu ou la fumée rend impraticable, puis jusqu'au point de rassemblement.
  • Le serre-file ferme la marche : il vérifie qu'aucune personne ne reste dans les bureaux, sanitaires et locaux annexes, ferme les portes derrière lui sans les verrouiller et signale toute absence.
  • Le chargé d'évacuation coordonne l'ensemble, fait le comptage au point de rassemblement et renseigne les sapeurs-pompiers à leur arrivée.
  • L'agent de sécurité déclenche ou confirme l'alarme, ouvre les accès aux secours, assiste les personnes à mobilité réduite vers les espaces d'attente sécurisés et tient la position qui lui est affectée dans le plan.

Une formation guide-file et serre-file dure rarement plus de deux heures, mais elle doit être renouvelée à chaque changement d'équipe : un rôle tenu par un salarié parti depuis six mois n'est plus tenu par personne.

Équipier de première ou de seconde intervention : quel niveau viser ?

Au-delà de la sensibilisation de tout le personnel, deux niveaux structurent la lutte contre l'incendie en entreprise. L'équipier de première intervention (EPI) est un salarié formé à attaquer un départ de feu avec les extincteurs et à donner l'alerte ; il reste à son poste habituel et intervient dans sa zone. L'équipier de seconde intervention (ESI) appartient à une équipe constituée, entraînée à l'emploi des robinets d'incendie armés, parfois de l'appareil respiratoire isolant, et capable d'intervenir sur tout le site en attendant les sapeurs-pompiers.

Le niveau à retenir suit le risque incendie propre à l'établissement et l'analyse de son organisation : un bureau en centre-ville se contente d'EPI bien répartis, un entrepôt logistique ou un site industriel classé justifie une équipe ESI. Pour un agent de sécurité, la formation ESI type est un bon complément au CQP APS, et elle prépare le terrain du SSIAP. Les gestes de secours aux victimes relèvent d'un autre stage : le certificat de sauveteur secouriste du travail couvre la conduite à tenir face à une personne brûlée ou intoxiquée par les fumées.

Organiser un exercice d'évacuation qui sert vraiment

Un exercice d'évacuation mal préparé rassure sans rien apprendre. Quelques règles en font un vrai outil de prévention.

  1. Fixer un objectif mesurable avant l'exercice : temps d'évacuation, comptage complet, prise en charge d'une personne à mobilité réduite.
  2. Varier les scénarios : issue principale condamnée, départ de feu dans une zone sans détection, exercice de nuit pour les sites gardés.
  3. Prévenir l'organisme de télésurveillance et, si besoin, le service départemental d'incendie, sans forcément prévenir tout le personnel.
  4. Placer des observateurs aux points sensibles : portes coupe-feu laissées ouvertes, ascenseurs utilisés, retours en arrière pour un sac.
  5. Débriefer à chaud au point de rassemblement, puis consigner les écarts au registre de sécurité et corriger le plan.

Le débriefing est le moment où l'exercice devient formation : chaque défaut constaté se traduit par une consigne modifiée, un balisage ajouté ou un rôle réattribué.

Choisir un organisme de formation incendie

L'offre est large, entre fabricants d'extincteurs, organismes de contrôle et centres spécialisés en sécurité privée. Quelques critères aident à trier : la présence d'une aire de feu réel ou d'un simulateur crédible, un formateur issu du terrain (ancien sapeur-pompier, titulaire SSIAP 2 ou 3), un programme adapté à votre établissement plutôt qu'un contenu standard, et une attestation nominative remise à chaque participant pour justifier de l'obligation. Pour un professionnel de la sécurité qui finance sa formation, mieux vaut comparer les organismes de formation sécurité sur leur certification Qualiopi et leurs taux de réussite publiés. Les besoins d'un public de salariés sédentaires ne sont pas ceux d'agents affectés à un site sensible : le premier contact avec l'organisme doit servir à décrire votre bâtiment, vos effectifs et vos horaires, pour obtenir une formation spécifique plutôt qu'un catalogue. Demandez aussi qui sera le formateur et quelle expérience il a des sites comparables : la qualité d'une formation incendie tient d'abord à la personne qui l'anime.

Obligation pour les salariés, fréquence et incendie dans le CQP APS

La formation incendie est-elle obligatoire pour tous les salariés ?

L'employeur doit former et informer tout le personnel sur la consigne incendie et faire participer chacun aux exercices périodiques. Le niveau de formation, en revanche, dépend du rôle : sensibilisation pour tous, formation EPI pour une partie de l'effectif, ESI ou SSIAP pour les postes dédiés.

À quelle fréquence renouveler la formation ?

Le Code du travail fixe les exercices et essais à au moins tous les six mois là où la consigne incendie est obligatoire. Pour la manipulation des extincteurs, aucun texte ne fixe de durée de validité, mais un recyclage annuel est la pratique la plus répandue, et il devient indispensable dès que l'effectif change.

Un agent de sécurité titulaire du CQP APS est-il formé à l'incendie ?

Le CQP APS comporte un module de sécurité incendie de base, utile mais limité. Il ne remplace ni l'exercice propre au site sur lequel l'agent est affecté, ni le SSIAP exigé pour tenir un poste de sécurité incendie en ERP ou en immeuble de grande hauteur.

Lectures conseillées

Lectures dans la même veine

▲