Une formation risque attentat apprend au personnel de sécurité privée à repérer un comportement suspect, à donner l'alerte et à protéger le public face à une attaque terroriste. Prévention, sensibilisation et mise en situation en sont les trois piliers, dans le cadre du plan Vigipirate.
Trois réflexes enseignés en priorité
- Identifier tôt : un comportement, un objet ou une situation qui détonne sur le site.
- Alerter vite et bien : qui prévenir, avec quelles informations, dans quel ordre.
- Protéger le public : s'échapper, se cacher, guider, puis faciliter l'action des forces de l'ordre.
Pourquoi le risque terroriste fait partie du métier d'agent
Depuis les attentats de novembre 2015, la menace terroriste n'est plus un sujet réservé aux forces de l'ordre. L'agent de sécurité privée se trouve en première ligne : à l'entrée d'un centre commercial, d'une salle de spectacle, d'un stade ou d'un site industriel, il est souvent la première personne à voir arriver une menace. Sa formation doit donc aller au-delà de la surveillance classique et de la lutte contre la démarque.
Le cadre réglementaire a suivi cette évolution, à travers le livre VI du code de la sécurité intérieure qui régit l'activité privée de sécurité. Le parcours du CQP agent de prévention et de sécurité comporte désormais une partie consacrée à la sensibilisation au risque terroriste, et le maintien des compétences (MAC) la reprend lors du renouvellement de la carte professionnelle. À cela s'ajoutent des formations de sensibilisation plus ciblées, proposées par les centres de formation en inter entreprise ou en intra entreprise, adaptées à un site, à un public ou à un type d'événement.
L'objectif n'est pas de transformer l'agent en policier. Il s'agit de développer une culture de la prévention, de lui faire connaître ses limites légales et de lui donner des réflexes simples, répétés jusqu'à devenir automatiques. Face au risque d'attentat, les premières minutes comptent plus que tout le reste : un agent formé gagne précisément ces minutes.
Les objectifs pédagogiques d'une formation risque attentat
Chaque organisme formule ses objectifs à sa façon, mais on retrouve les mêmes compétences d'une session à l'autre. À la fin de formation, le stagiaire doit être capable de :
- connaître les différents modes d'action terroristes observés en France et en Europe (attaque à l'arme blanche, à l'arme à feu, véhicule bélier, engin explosif, colis piégé) ;
- comprendre le plan Vigipirate, ses niveaux et les mesures de sécurisation qu'il impose sur un site ;
- identifier un comportement suspect et distinguer une situation anormale d'une simple gêne ;
- transmettre une information d'alerte claire aux secours et à sa hiérarchie ;
- adopter la conduite à tenir pendant une attaque terroriste et guider le public vers une zone sûre ;
- appliquer les premiers secours adaptés aux blessures par arme ou par explosion, en attendant les secours.
Ces objectifs croisent d'autres formations sécurité. Les procédures d'évacuation, par exemple, reprennent beaucoup des exercices d'évacuation incendie que l'agent connaît déjà ; la différence tient au fait qu'en cas d'attaque, évacuer peut être plus dangereux que se mettre à l'abri. Savoir choisir entre les deux est l'un des points les plus travaillés en pratique.
Comment identifier un comportement suspect sur un site
La prévention commence par l'observation. Les formateurs insistent sur les signaux faibles : une personne qui repère les lieux à plusieurs reprises, photographie les accès ou les caméras, pose des questions inhabituelles sur les horaires de ronde. Un vêtement inadapté à la saison, un sac abandonné, un véhicule stationné trop longtemps près d'une entrée sont aussi des signaux à noter.
Le travail consiste à apprendre à regarder sans stigmatiser. Un geste inquiétant se juge sur des faits observables, jamais sur l'apparence d'un individu. Appréhender une scène avec méthode est nécessaire pour éviter à la fois l'excès de zèle et l'aveuglement. Les mises en situation servent justement à entraîner ce regard : le stagiaire observe une scène filmée ou jouée, puis explique ce qu'il a remarqué, pourquoi, et ce qu'il aurait fait. Cette approche rejoint la déontologie de l'agent de sécurité, qui encadre strictement ce qu'il peut faire face à une personne.
Au filtrage, la vigilance porte sur les sacs, les colis et les objets dissimulés. L'agent apprend à repérer un objet abandonné, à ne jamais le toucher, à établir un périmètre et à faire évacuer la zone. Les contrôles d'accès renforcés exigés par le plan Vigipirate relèvent de la même logique.
Réagir face à une attaque : la conduite à tenir
Les consignes publiques diffusées par l'État résument la réaction en trois verbes : s'échapper, se cacher, alerter. La formation les décline pour un professionnel qui n'agit pas seulement pour lui-même, mais pour un public dont il a la charge.
- S'échapper
- Si la sortie est sûre, guider le public loin de la menace, sans s'arrêter pour récupérer des affaires, en aidant les personnes en difficulté.
- Se cacher
- Si la fuite est impossible, mettre les personnes à l'abri, verrouiller ou barricader, éteindre la lumière, couper le son des téléphones, s'éloigner des ouvertures.
- Alerter
- Appeler le 17 ou le 112 dès que possible (ou envoyer un SMS au 114), donner la localisation, le nombre d'assaillants, leur description et leurs armes.
Vient ensuite l'arrivée des forces de l'ordre : garder les mains visibles, ne pas courir vers elles, suivre leurs instructions et leur transmettre les informations utiles sur le site (plans, accès, caméras). L'agent connaît le bâtiment mieux que quiconque, et ce renseignement peut faire gagner un temps précieux. Après l'intervention, la gestion de l'après-crise fait aussi partie du programme : recensement des personnes, prise en charge des témoins choqués, compte rendu écrit au service de sûreté.
Plan Vigipirate : ce qu'il change pour la sécurité privée
Le plan Vigipirate est le dispositif national de vigilance, de prévention et de protection contre le terrorisme. Il fixe un niveau d'alerte, de la vigilance à l'urgence attentat, et une série de mesures que les exploitants de sites doivent mettre en place : filtrage renforcé, contrôle visuel des sacs, limitation des accès, surveillance des abords.
Pour le personnel de sécurité, chaque changement de niveau se traduit par des consignes nouvelles. La formation plan Vigipirate explique comment les lire et les appliquer, et comment le dispositif s'articule avec le plan de sûreté propre à l'entreprise. Dans les établissements recevant du public, elle complète la sécurité incendie : un même agent peut avoir à gérer une alarme incendie et une alerte attentat, deux situations où les bons réflexes sont différents.
Déroulé type d'une session de sensibilisation
La durée varie selon le public et le niveau visé : une sensibilisation courte pour le personnel d'accueil, une formation plus complète pour les agents qui tiennent un poste de filtrage ou de sécurité sur un site sensible. On retrouve souvent la même progression :
- apports théoriques sur la menace terroriste et les modes d'action ;
- présentation du plan Vigipirate et des mesures de sécurisation ;
- études de cas et analyse de vidéos ;
- mises en situation sur site ou en salle (alerte, mise à l'abri, guidage du public) ;
- rappel des gestes de premiers secours en poste, notamment l'arrêt des hémorragies ;
- évaluation des acquis, souvent sous forme de QCM et de mise en pratique observée.
En intra entreprise, la session s'adapte au site : plans réels, zones à risque, points de regroupement. C'est la formule la plus utile pour une équipe qui travaille ensemble, car elle permet de tester la chaîne d'alerte telle qu'elle fonctionnera le jour d'une attaque.
Qui suit cette formation, et dans quel cadre
Le public principal reste l'agent de sécurité privée, qu'il travaille en magasin, en événementiel, en sûreté aéroportuaire ou en surveillance de site. Mais beaucoup d'entreprises élargissent la formation à d'autres professionnels exposés : hôtes et hôtesses d'accueil, personnel d'établissements de santé, gardiens d'immeuble, encadrants d'établissements scolaires. Pour eux, l'enjeu est surtout de savoir alerter et se protéger.
Avant de choisir un centre de formation, il vaut la peine de vérifier le contenu réel du programme, la place donnée à la pratique et le profil des formateurs. Une formation risque attentat sérieuse consacre une bonne partie du temps aux mises en situation : l'information seule ne crée pas de réflexes.
Les modalités d'inscription méritent aussi une prise de contact préalable : demande de programme détaillé, nombre d'heures, taille du groupe, accompagnement après la session. Un organisme sérieux répond à ces questions par écrit, avec un responsable pédagogique identifié et un numéro joignable, et peut assurer un module sur mesure pour une organisation qui souhaite former l'ensemble de ses collaborateurs. L'expérience des formateurs compte autant que le contenu : un ancien des forces d'intervention ou un professionnel de la sûreté apporte une connaissance technique du terrain qu'aucune ressource écrite ne remplace.
Menace terroriste et formation : les doutes avant une session
La formation risque attentat est-elle obligatoire pour un agent de sécurité ?
La sensibilisation au risque terroriste fait partie du CQP APS et du MAC exigé pour renouveler la carte professionnelle. Une formation complémentaire plus poussée dépend en revanche de l'employeur et du site : elle est fréquente sur les sites sensibles et dans l'événementiel.
Faut-il évacuer ou se mettre à l'abri en cas d'attaque terroriste ?
Tout dépend de la position de la menace. Si une sortie sûre existe, on évacue en guidant le public. Si l'assaillant est entre le public et la sortie, on se met à l'abri. La formation entraîne précisément ce choix rapide.
Que faire face à un colis suspect ?
Ne pas le toucher, ne pas le déplacer, éloigner les personnes, établir un périmètre de sécurité et prévenir immédiatement la hiérarchie et les forces de l'ordre, en donnant une description précise de l'objet et de son emplacement.

















